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Incursion Pontocho

Cette incursion sur les premiers mètres de Pontocho. Cette incursion, pour ne pas regretter de ne pas s’être incursé ne serait-ce que sur quelques mètres. Pendant ces 10 minutes à peine passées dans Pontocho incursé d’à peine 100 mètres  avec une station d’un instant à peine le temps de reprendre son souffle, deux bouffées de ventoline et une photo donnant sur la ruelle ripolinée instagrammisable sans filtre, dans cette micro-voie perpendiculaire sans issue qui donne sur un morceau de parapet avec vue sur la rivière, et de côté un peu en hauteur dans une sorte de boîte alcôve une divinité joufflue derrière une croisée de bois, dans ce cours laps de temps, une dizaine de gros porteurs intercontinentaux avec en moyenne 500 passagers à bord, sans compter des moyens courriers d’une capacité d’environs 200 passagers venaient d’atterrir, ou étaient sur le point, ou en phase de descente encore au niveau de la baie d’Osaka ou de Tokyo à la file indienne, passagers dont un nombre important alla

Tentative d’épuisement d’un lieu kyotoïte

Lieu : Kikusui - Kyoto Heure :12 h Protocole de notations : pas totalement neutre. D’ailleurs, sélectionner ce que l’on aperçoit est déjà en soi une sélection.  Beaucoup s'attardent rapidement devant les menus confus exposés dehors et abandonnent.  L'usage des lieux ne va pas de soi. Le bus 203 s'arrête au niveau de Kikusui. Il a neigé soudain pendant 3 minutes et quelques secondes. Touristes avec bébés, touristes avec enfants, touristes avec barbes. Touristes locaux ou plus largement asiatiques avec kimonos.  Rares touristes occidentaux portant kimonos.  Le Japon touristique est un de ces rares lieux où il est possible d’exhausser son rêve de petite fille nourrie du fétiche local :  se promener en kimono dans les rues de Kyoto même avec un corps disgracieux, en se sentant visible et invisible à la fois. Et surtout respectée. De cela au moins, qu’il en soit loué. Déjeuner seul n'est pas évident, au niveau de la configuration de la salle s’entend. Mentalement, c’est just

Lire en bloc

####Lire en bloc, écrire en bloc Une fois passé le contrôle des bagages et jusqu’au terminal d’arrivée, c’est partout moquette corporate y compris à bord. Le voyage ne commence que plus loin. Meilleurs moments dans le désordre. L’attente du ferry. Mais avant cela, les premières portions du paysage ferroviaire une fois sorti de l’urbain. Périurbain mangeant la campagne, celle-ci défaitiste comme si un manque de courage. Moignons de routes en suspension sur arches, en construction ou en attente de poursuite de construction. Le convoi est une micheline avec les coup d’accélération et le cricracs  de la boîte de vitesses. Quelques masures en tôle d’un rouge italien qui a vécu. Profusion de maisons individuelles en légos anémiques. Comme ailleurs, mais c’est une hypothèse, le bâti rare d’intérêt se situe à proximité de canaux ou rivières enchassées de béton. Caractéristique des belles maisons : beaux jardins entretenus comme l’expose la frondaison des petits arbres. Vaste HLM avec des recta

Le quotidien comme milieu

Liza Dalby écrit sur un milieu, celui des geishas, avec l’avantage d’être à l’époque étudiante-chercheuse en anthropologie. Ceci n’explique pas pour autant la douceur de ses propos d’où affleure dès les premières pages une forte atmosphère d’entente chaleureuse et réciproque au sujet de laquelle elle n’élabore rien. S’agit-il seulement de l’avantage d’être entre femmes? Combien de gaijins ont écrit sur le Japon hors leur thèse dans la perspective d’un milieu local investi? Combien écriront sur un milieu, dans un milieu? Ce n’est pas les milieux qui manquent pourtant. Ecrire sur un milieu dans un milieu est la porte ouverte à sortir de la narration contemplative de soi, le nombrilisme. Comme ici. On a tous un milieu à portée de main, sans académisme aucun. C’est le quotidien qui est milieu, qui fait office de milieu. Il n’y a qu’à se baisser, si adosser, y tremper la plume, le clavier. Je ressors de la bibliothèque Quit Your Band de Ian F. Martin, 2016, livre sur la scène musicale under

Ici comme ailleurs

Etrangement, plus rien dans le présentoir réfrigéré à Poéshi. Est-ce le temps, enfin clément - première nuit sans chauffage - pique-niques conséquents en augmentation? Le type qui me précède à la caisse fait la remarque au patron. La radio ou la télé est tonitruante. Ajouter à cela l’extracteur d’air dans l’atelier, les divers frigos qui ronronnent et les acouphènes. Je ne saisis pas tout mais suffisamment. - Difficile de continuer - Cela fait 51 ans - Maladie du coeur - Ça ne va pas durer Plus tard au marchand de saké, K qui est du quartier, qui est très avenante comme une compagnonne de bar aguerrie, me présente à son mari, souriceau timide en manque de formules conversationnelles, automatiquement mal à l’aise devant l’homme blanc qui est sorti de l’écran télé. Il ne compte pas. Je parle avec son épouse. Je fais référence à Poéshi. Elle ne savait pas. Elle regrette par avance la fermeture inéluctable. Elle me demande si c’est bon, ce qui n’est pas compatible avec sa connaissance de l

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La rue Ginchu forme un coude à angle droit au fond. Même configuration rare à Tokyo avec la rue Enbujo quasimment à l’opposé.  ####生体機能チップ Lecture un peu dilletante de la thèse de doctorat Développement d'un dispositif microfluidique pour la vascularisation fonctionnelle d'organoïdes-sur-puce, auteur Clément Quintard. Qui a-t-il de plus réel que cette littérature là? Dehors un phénomène météorologique soudain fait que la petite pluie tenace du matin s’est transformée en trombes. Justement on me demandait hier comment on dit en français 暴雨. Des cordes. Dans l’écriture du réel, hors fiction, or enquête, je n’ai pas vu encore passer d’attention aux sciences et aux technologies. Le réel est plein de technologisme pourtant. Encore que, lisant les premières pages de L’Inhabitable de Joy Sorman - connaissait pas, une personnalité médiatique, une écriture calibrée pour être vendable, un minois … danger! - on pourrait, en coupant un peu les cheveux en quatre, considérer qu’il s’agit en

Le retour à Oji

Dans le métro, la maman s’assoit sur la banquette réservée en face de moi avec sa petite de trois ans à peine. Nous entrons immédiatement dans un jeu de regards amusés ou plutôt curieux pour elle. Sa maman tête baissée visage masqué lui donne un sachet de sucreries et continue ainsi à regarder l’écran de son mobile, ne réagissant aux questions et exclamations de sa progéniture qu’en mode passif.  Je ne veux pas dire que le sachet de confiseries sert à cela. Je ne peux pas imaginer que le sachet de confiserie ne serve pas du tout à cela. Malgré mes bouchons d’oreilles, et suite à nos regards furtifs - elle pas du tout dans le furtif bien sûr à cet âge-là - s’établit un échange réciproquement intéressé. Je crois l’entendre dire : 本読みたい! Comme elle est très réactive par ma lecture d’un gros livre en regard de sa taille, lecture entrecoupée de nos regards.  Une fois que je me suis levé de la banquette pour quitter le wagon, elle parle avec cette vigueur qui ne sait pas encore moduler sa vo

Ordinaires des quartiers

Paris. Tu sais, la rue de l’Ecole de Médecine quand elle fait un coude juste avant la Pâtisserie Viennoise dans la montée. Impossible de faire le lien entre cette rue richement installée dans la mémoire - plein de détails, de sensations tactiles avec les murs de pierres et les librairies, alors qu’on ne lèche pas les pierres en marchant. Tout cela pour avoir parcouru à Tokyo quelques articles sur Catherine Ribeiro. La géographie mentale pour peu qu’on l’exerce fait des bonds dingues et parfois insensés. Ningyocho. Lumière du dehors, visibilité sur une rue de moindre passage qu’aux abords de Rikkyo, mais beaucoup de pics de fréquentation, le matin avant d’aller au travail, et le midi quand l’offre de pains va vite diminuer jusqu’à portion congrue, sans être remplacée par une nouvelle fournée. Le boulanger produit le matin seulement. Ichigaya. L’autre jour au marchand de tofu, son épouse est debout au fond à gauche manipulant de longues baguette dans le bac à friture des namaage. Selon l

Relire Bouvier

Bouvier du Vide et du Plein. “Nous vivions alors dans un temple sévère et superbe que nous partagions avec un potier australien, quelques mille-pattes géants, une grande couleuvre centenaire et des araignées aux mœurs paisibles mais qui sortaient tout droit de la science-fiction. Frondaisons merveilleuses, cigales, et les clochettes et sutras de l'office des morts chaque matin dans les cimetières voisins. Pivoines et bambous. Thomas chassant les papillons avec une filoche entre les tombes. Éliane attendant son enfant et peignant lorsque cette grossesse abominable lui en laissait le courage et le temps. Moi vagabondant à pied dans les campagnes du Kansai en longeant les rivières pour pouvoir m'y tremper quand le sang commençait à bouillir. On a traversé ainsi l'été le plus chaud du siècle. Vous auriez dû voir la ville : un paysage de petits boutiquiers étendus comme des morts sur le pavé pour tirer de la pierre la première fraîcheur du soir, et d'ouvriers endormis la jou

Dram Coff

Est arrivé par la poste le livre Geisha de Liza Dalby. La notice énonçant en japonais l’état des lieux de l’ouvrage d’occasion avant achat était comme si souvent peu engageante, une liste de petits maux, de microdéliquescences, bref, une invitation à ne pas acheter. Y manquait aussi comme d’habitude l’énoncé somme toute important que “ce livre n’a probablement jamais été lu”. Il est temps de le lire, comme il y a des temps et des moments pour toutes les lectures. Le papier jauni, acidification qui est l’équivalent sans doute de l’inflammation du corps, est le seul signe du temps remarquable, d’un ouvrage qui n’a pas été lu donc.  Maintenant qu’il y a nécessité de s’informer sur le sujet hors tout affect, dégagé du moindre engouement - le COVID a tué l’enthousiasme, et ce n’est pas une perte - reste une certaine dose de curiosité et d’attente intriguée. L’ouvrage d’origine date de 1983, en plein dans la bulle qui n’en avait plus que pour dix autres années à peine. La seconde préface de