juin 08, 2026

Jet de caillou



The Day I got lost in San Francisco


M’est revenu le jour où je me suis perdu à San Francisco. Les circonstances du souvenir réémergeant sont la disparition momentanée d’une personne proche récemment. Se perdre, être dans l’angoisse de ne plus avoir de nouvelles de quelqu’un sont deux parfums communs, deux communautés de malaise soudain et profond, tellement marquant que l’affaire de San Francisco est revenue en mémoire. Je n’ai jamais aimé comment elle fut appréciée une fois la solution trouvée sur place, c’est à-dire une fois être retourné à bon port après des heures de dérive sans direction. Ironie sur l’adulte retombé en enfance, peureux et angoissé (les petits cailloux blancs n’ont donc servi à rien), installation de l’événement telle une stèle dans la mémoire immédiate des faux-pas à fêter annuellement - la date exacte n’a pas été retenue. Tu te rappelles quand … sourire en coin. Pourtant, quelle histoire ce fut qui se permet à l’occasion de remonter à la surface.


Heureux peut-être qui dérive sous le coup d’une absence mentale de ne pas ressentir l’angoisse vertigineuse de la perte d’orientation, ou de la suspicion que quelqu’un d’autre qui ne donne plus de nouvelles soit perdu.


C’est une histoire qui méritait mieux, une réflexion commune, un colloque. Et cela ne se résume pas à une vexation - et même remémorée des années après, cette association de perte d’orientation à une incompétence, une chute, un retour en infantilisme irresponsable sauf de sa perte de direction évoque quelque chose de l’ordre du gâchis. Tout est bien qui finit bien ne finit jamais.


À l’occasion, ce nœud dans le ventre et dans le vide de la tête réapparaît. C’est qu’il fallait une combinaison de circonstances pour que cela arrive à San Francisco, une combinaison fâcheuse vue à l’analyseur post-mortem. Dans la maison d’un ami arrivé la veille, la nuit, on me recommande le matin de faire un tour dans le quartier, d’aller voir un promontoire proche qui offre une vue panoramique sur la ville. La destination est une affaire de cinq minutes, comme quoi la distance pour se perdre est très secondaire. Je me souviens d’une pente, d’un jardin promontoire sans attrait particulier. Le souvenir d’un possible panorama a lui complètement disparu. Il s’agissait ensuite de rebrousser chemin, de refaire ses pas dans la direction opposée. Mais justement, rebrousser quoi quand le chemin suivi avait complètement disparu de la mémoire ? Refaire quels pas quand les précédents n’avaient laissé aucune trace ?


Il y avait moins d’applis, les forfaits mobiles étaient encore hors de prix, pas de wifi hasardeux qui traînait dans l’éther. Il y avait, chose extraordinaire, aucune adresse, aucun numéro de téléphone. J’étais logé dans une maison amie sans aucune coordonnée. Le paysage du bâti n’aidait en rien. Quartier résidentiel très bourgeois, expats, la clique. Je n’avais pas noté la couleur de la maison, son nom éventuel dans ce quartier chic en hauteur de la ville. Ce n’était pas loin, et c’était nulle part en même temps. Aucun nom aux porches et perrons, rien de tangible, rien de saisissable, personne dans les rues, l’impression de tourner en rond, l’ambition de parcourir chaque ruelle, en vain, n’y trouvant aucune attache visuelle ou autre, aucune trace. Se perdre, c’est chercher des traces en vain, et remplir le vide de la mémoire par des traces au présent qui n’ont aucun signifiant, qui n’offrent aucune accroche. Situation exemplaire de perte totale de repère, une dérive blême, sans texture.


Une émission radio autour de la salle Huyghens à Paris.

Inconnue -\> recherche. Tombe par erreur sur un gymnase situé dans la même rue mais pas au bon endroit. Photos d’enfants et de jeunes en exercices physiques.

Poursuite de la recherche. Apparaît la fiche Wikipedia puis d’autres sources.

Apparaît une page chez un libraire - Sur le fil de Paris - consacrée à une exposition de 2014.


Et en fouillant un peu apparaît ceci :



A.-P. Martial. Notes et dessins d’un Japonais sur Paris pendant l’Exposition de 1878. 18 eaux-fortes

En 1878, l’aquafortiste parisien Adolphe-Martial Potémont, dit Martial, publie ses Notes et dessins d’un Japonais sur Paris pendant l’exposition de 1878. Se présentant comme traducteur du récit, l’artiste suit le cheminement d’un voyageur japonais, parti à la découverte de Paris, des Parisiens et de l’Exposition, entre émerveillement et choc des cultures.


La librairie se trouve à proximité d’un Square Marie Trintignant et d’une boutique d’antiquités japonaises. La nostalgie se nourrit ainsi de sa mise à jour, une succession de points de crochets ancrés dans des temps parallèles.


La salle Huyghens se trouvait dans une rue qui se trouve à deux pas d’une rue bien connue et fréquentée en passant lors de séjours courts. Le mystère des rues est que celles connues se faufilent dans la pratique et la mémoire à proximité d’autres rues jamais pratiquées ou vaguement traversées, elles sans laisser de trace, mais qui à l’occasion d’une lecture ou d’une anecdote se mettent à vibrer d’une existence non-vécue, aux traces locales absentes mais énoncées dans des textes, des mémoires, des musiques, des photos. La rue inconnue est alors mise en exergue, représentée par un point, une adresse, une façade, une maison. Dans un document de l’INA, on voit Blaise Cendrars clope au bec monter et descendre des escaliers du Bateau-Lavoir, cherchant en vain des traces de Modigliani. C’est comme pénétrer dans Dream Coffee à Ikebukuro une fois l’intérieur désossé pour n’y trouver rien comme cela est arrivé. Là aussi se performe une perte de lieu alors que les repères eux sont sensibles, dans les jambes au moins. Le traitement cinématographique du retour sur des lieux évidés est invariablement triste et vain. Il y a d’autres traitements possibles, dont y faire quelque chose de l’ordre du happening pour le temps présent.


Cela faisait six mois que je n’avais pas mis les pieds à Moritaya. À midi pile. La bande LINE avait évoqué la disparition du patriarche de la boutique entre temps. J’apprends que le père du mari aussi est décédé dans l’intervale, mais lui n’a pas eu droit à une annonce n’étant pas de la famille d’origine. On ne s’étend sur ce sujet. La discrétion absolue. Je m’enquiers de nouvelles de M, AVC en octobre. Réponse : rien, pas de nouvelles. Il habite à un jet de caillou, ceux qui fréquentent le lieu depuis des années sont surtout des gens qui habitent à un jet de caillou, mais dès lors qu’une circonstance fâcheuse a lieu qui se traduit par la disparition du personnage de la scène, il n’y a plus rien. Ce silence radio questionne en boucle le sens de l’empathie qui elle est ici indéniable, mais plus encore le sens des liens sociaux, de quartier immédiat. On a malgré tout une bonne conversation avec un habitué qui habite à un jet de caillou aussi. Il a un lien avec le département voisin à l’est, un lien avec une rizière du côté de son épouse où il va de temps en temps donner un coup de main. La production est limitée à la consommation familiale. Pas de commerce. Il m’apprend que le réchauffement climatique a poussé à changer de variété de riz. Le sasanishiki effondré de chaleur voyait les tiges ployer qui empêchaient la récolte mécanisée. Il n’a pas le nom de la variété de remplacement qui devrait être plus résistante.

juin 06, 2026

Liste

 


Milano
Fido
Tamachan
Kukki
Tomoé the Bunny
Momo
Umé
Bobby
Pearl
Firm
Filou Filou
Maru
Kiki

Passant à proximité d’un temple parmi tant d’autres, et doté d’une vague curiosité sans but précis, je vois à main droite quelque chose de l’ordre d’un colombarium dédié à des animaux de compagnie. Nombreuses plaques figurent des photos. Une liste partielle de noms relevés.

juin 03, 2026

Elvis au chômage



Sans malice aucune, ce n’est pas son genre, S m’a demandé pourquoi des voyageurs lointains viennent ainsi avec des bébés, et par la même occasion, pourquoi des personnes handicapées viennent ainsi de si loin. Ceci dépasse l’entendement très vite dépassé par ce qui est différent. L’idée du droit à … n’affleure pas.


Pour rompre le jeûne du silence urbain et passant par la zone sud de Koenji, je ne fais pas que m’arrêter devant le magasin terne d’antiquités asiatiques toujours vide. Aujourd’hui, j’y pénètre, et je pose illico la question qui me turlupine au monsieur qui s’est levé, qui est habillé d’une chemisette antique et d’un pantalon de tergal, tout comme un Portugais retourné au pays de la même génération. Il a très exactement dix ans de plus que mon âge. La rue autrefois, avant ce débordement de boutiques de fringues et fanfreluches, était une rue qui pourvoyait au quotidien, commerces de bouche, marchand d’accessoires de literie et de futons, etc. Il ne cite pas les odeurs de nourritures apprêtées à même la rue mais il est facile d’imaginer cela.


On n’y trouvait pas en particulier d’autres boutiques d’antiquités. De nos jours, les clients traditionnels se sont éteints. Les jeunes japonais n’entrent pas. Les jeunes touristes étrangers entrent parfois. Il me montre quelques tasses à thé très banales - ce qui se vend à la rigueur - et sur le mur tellement peu mis en valeur des disques et CD de rock. Une sélection de son fils que lui-même approuve.


Quand pour certains et à juste titre il y a l’avant et l’après covid, il y a pour lui l’avant guerre en Irak, bien plus avant même. Il ne semble pas ressentir d’importance particulière à une trentaine d’années près. Car bien avant le conflit, c’était son voyage hippie, vol jusqu’à Zurich, apprentissage du français avec le rêve de devenir moniteur de ski à Chamonix, cheveux longs et cradingues, le périple normal à l’époque à travers la Syrie, l’Irak, l’Iran, l’Afghanistan, le Pakistan puis l’Inde, pour reprendre l’avion à New Delhi et rentrer dans l’ordre. Pourquoi donc cette haine contre l’Iran, ce beau pays, me demande-t-il passablement irrité soudain. Il a fumé de la marijuana, comme il se doit et sans remords aucun. Dans la tête, il rocke toujours. Je lui ai dit que je repasserai le saluer. Je repasserai le saluer avec une chemisette à carreaux identique.


Ailleurs à Phantom, Elvis est au chômage, café fermé pour un mois, hospitalisation, sans doute le mari.



mai 14, 2026

A la grille du château


Quand nous sommes sortis dans la nuit pour les accompagner à la grille du château dans l’attente de l’arrivée imminente d’un carrosse Uber, l’approche d’abord sonore puis sonore et visuelle d’une ambulance a fait monter une petite tension mêlée de questionnements blagueurs et soucieux à la fois, l’application n’étant pas encore un moyen d’appeler des secours. La livraison de poireaux oui, le pimpon pimpon non. Dans l’immédiat. L’ambulance s’est arrêtée tout près. Trois hommes de service en sont descendus pour pousser une civière vide. Ils ont d’abord pénétré par la grille du château puis se sont ravisés pour se diriger vers l’entrée des manants. La dame de quelques étages au-dessus, celle toujours joviale qui parle à tout le monde, est apparue. C’est son mari que les ambulanciers venaient chercher. 


Je l’ai croisé le lendemain, avec le même visage jovial, une amabilité souriante permente en public qui oscille entre la courtoisie et l’angoisse. Pneumonie, perfusion, hospitalisation. C’est là que j’ai appris que son mari a plus de 80 ans qu’il ne les fait pas, elle-même 80 qui se déplace dans le quartier en vélo. Je l’ai rassurée sur l‘efficacité des traitements, l’importance d’être hospitalisé. Les personnes privées sont très privées et pas seulement parce que l’on réside dans le même château. Les hommes surtout souvent bien en deça de l’aphonie. Assez d’anthropologie.


Et de deux. Sur la pente remontant le courant assez dru de piétons, une femme me fait un signe amical arrivant en direction opposée, et encore une fois deux longues secondes se passent sans comprendre qui elle est, puisque son existence est strictement associée à un lieu unique en intérieur, le café plus bas. Elle me prend la main à peine, façon de faire la bise. C’est un geste spécial, de geisha, de dame de compagnie. Personne d’autre ne fait ainsi dans le tactile, ce contact physique juste effleuré mais intentionnel. Erotisme et affection vraie de théâtre. 


Plus tard dans l’établissement, on se remémore avec des rires la rencontre du matin sur la rue. Le jeune serveur lui ne parle pas sinon qu’avec des habitués qui ne parlent qu’entre eux, à qui il répond, mais avec qui il n’engage pas de conversation. Pour être un habitué, il faut être habitué et japonais, au minimum, mais c’est très insuffisant. Le brassage de sociabilité par l’échange de banalités est absent. Si jamais elle quittait l’établissement, déjà que le chef blagueur, jovial, affectueux et très fatigué est parti à la retraite en février, la chape de solitude massive, menaçante comme une chose qui rôde, de se retrouver chaviré dans cette pensée dans ce lieux réduirait à peu de choses et définitivement la satisfaction indéniable d’y figurer. Un nouvel écran diffuse maintenant au-dessus du comptoir du sport, pas des scènes de guerres. Deux écrans donc. 


M m’a apporté des mochis. C’est gentil. Je ne lui ai pas dit que ma déglutition quotidienne a poussé heureusement au rencart depuis longtemps toute consommation de produits dont la texture présente un risque de désagrément majeur, d’étouffement au pire, mais un pire tout à fait concevable puisque vécu. Je lui fais une petite visite résumée de ce que je connaîs du campus. La saison est idyllique. La canicule approche. Il reconnaît la présence d’étudiantes, suggère que c’est pour cette raison que je connais ce lieu. C’est pourtant la magnificence de la canopée qui domine. 


Le paysage humain a complètement changé un samedi matin. Les propriétaires canins sont absents. Peut-être viennent-ils le dimanche. Ce sont des occidentaux grands, massifs, en couples, qui occupent en majorité les tables, sans doute résidant à l’hôtel d’à côté. Avant le covid, c’étaient des touristes chinois rarement attablés qui eux surtout se promenaient. Je préviens M que le café est infect mais pardonné en regard de l’environnement immédiat enchanteur. C’est pour lui la première fois. Il me confirme que le café est infect mais pardonné en regard de l’environnement immédiat enchanteur.


Contrer la destruction sociale imposée par l’IA par la déconstruction du discours hégémonique mimé

Sur le coup, quand M a dit avec un minois de petite fille prise en flagrant délit de bêtise s’être tout à fait contentée de chatGPT pour circuler en touriste à Kyoto - son amie surlignant avec un “de très bons conseils” - je n’ai pas pensé lui retorquer qu’il existe des robots violonistes et que son métier aussi est en phase d’être passé, et superflu avec cela. Même les policiers sont en sursis. 




mai 07, 2026

La perception du voyage dans le temps

 


Les voyageurs en visite l’autre jour en conviennent. Passer de Paris à Tokyo n’évoque rien d’émotionnellement puissant. C’est sympa, comme escompté. Equanime. La distance et toute la poétique, angoisse et dépression de l’éloignement leurs sont inconnus. L’ailleurs n’est plus. 

La veille et tout à l’opposé, deux autres voyageurs, même parcours, extatique. L’ailleurs existe.

Trois maisons contigues au nord d’Asakusa

 


Avec une personne passant en vélo toujours souhaitable pour l’accent et la signature urbaine locale inscrite dans la mobilité.

Au comptoir à lait


L’ambition n’a pas été de photographier le comptoir à lait avec l’employée du moment dans le cadre. C’est même avec un certain malaise que la photo fut prise. Pas du tout une habitude. C’est aussi plus tard, la visionnant sur l’écran que j’ai constaté que l’employée du moment, la dame de service, figurait en plein milieu du cliché, me regardant d’un air non pas neutre ni malaisé, mais pas heureuse d’être ainsi photographiée. Comme quoi, le mobile comme appareil photo anesthésie le regard tout comme le cadrage. C’est aussi en conséquence que l’IA a été mis à profit, une première, pour l’effacer. Le résultat, chirurgie pixelique et cosmétique, est parfait. Aucune trace humaine. On peut imaginer qu’à ce moment là, il n’y avait personne au service du comptoir à lait. 

Avant cela, il y a eu du passage et des mots glânés tout en sirotant un yaourt liquide. Un couple assez jeune passe en tangente devant. Lui un sourire soudain sur le visage comme quand adulte qui voit un manège, un jouet. Il dit natsukashii - mélancolie-nostalgie qui englobe autant le vécu autrefois que le non-vécu. Il s’approche du comptoir. Elle reste en retrait. Il parcoure du regard les accompagnemments de boissons sur les présentoirs. Puis il s’éloigne.

Quelque secondes plus tard, c’est un groupe d’hommes dans la soixantaine, bermuda ou pantalons teeshirts. Même sourire et ralentissement dans la tangente mais cette fois-ci à trois. On sent qu’il sont pressés mais l’un deux, le plus svelte, polo noir, s’approche du comptoir comme par nécessité alors que les deux autres restent en retrait amusés mais pressés. 

Il s’adresse à la dame du comptoir en lui montrant de l’index les produits les plus proches. Impossible d’entendre ses propos au sujet de quelque chose qu’il pointe en particulier, peut-être un mini-hamburger industriel, un french toast gorgé de lipides, un sandwich rond comme le hamburger mais avec une croquette de purée de pomme de terre ou de viande hâchée aux oignons. L’échange dure et derrière, cela piétinne. Le questionneur le sent qui doit abbréger. L’acte d’achat qui semblait devoir advenir d’évidence n’a pas lieu. Ils s’éloignent. Sourires nostalgiques sur le visage. Apparemment comme souvent dans cette tranche d’âge, la nostalgie se contente du regard.

Quelque par, dans d’autres villes où ne tombent pas les drones, les missiles amour-de-la-patrie, existent des lieux et des moments de pauses, j’imagine nourricières ou d’étanchement de soif, qui s’inscrivent dans une continuité d’habitudes du quotidien, quelque chose dans l’acte de consommation sur le pouce qui couvre plus d’une génération, qui participent à la partition des habitudes situées dans le banal, pas dans l’événementialisation compulsive avec selfie ou prise rapprochée sur l’objet, qui signifie aussi ancrage dans l’action et savoir-ville. Pas la première gorgée de bière dont l’exposition hédoniste sur papier était justement annonciatrice du basculement vers le moi-je-pixels-diffuse-moi-en-train-de, mais dans la performance discrète et en public à la fois d’un arrêt calculé ou spontané dans la mobilité urbaine permanente. 

Les lieux qui offrent possibilités de ces performances fonctionnent comme des bornes, repères, marqueurs, tels un comptoir pour un verre vite fait ou un autel pour une prière en passant. En faire des vitrines, c’est à dire les lécher en passant ou même les ignorer, par désintérêt ou simplement ignorance, est le meilleur moyen d’accéler leur disparition, même si des causes plus profondément capitalistes et radicales sont plus à même d’annihiler le présent de pas plus tard que la veille. L’affichage automatique du sourire mélancolique entretenu par le vocabulaire associé et les médias, mais dénué d’action m’est un irritant. Voilà une personne que je ne voudrais pas pour guide à Tokyo. Ou Bueno Aires, ou ailleurs. Dans ces spots pas à matcha latte se trouve quelque chose qui n’est pas de la nostalgie à soi mais de la continuité d’un axe de vie urbaine, une note longue dans le quotidien sur laquelle on peut accoster, intégrer dans ses parcours et périples, l’air de rien, sans photo, sans pathos.