Halo et couleur


Non, non, pas de doute, on nous a changé la rue. Ce qui l’autre jour s’apparentait à un acte d’entretien d’un lampadaire de rue proche s’est révélé le soir même avoir été un remplacement de luminaire. On est passé de l’orange sombre mystérieux au blanc bleuté spectral. LED, comme laide. Bien entendu, cette modification de la texture visible de la rue nocturne a eu lieu sans aucun avis ni consultation. Ici, on vous emmochit le quotidien sans que cela ne génère un soupçon de commentaire. Dans le village Playmobile, la nuit aussi doit offrir cet halo. Il se passe la même chose quand au contraire c’est d’un gain de facilité d’usage, de confort accru  dont il s’agit. Ce n’est ni mieux avant ou maintenant. C’est. Toujours dans le présent absolu même avant les tic.


Le halo spectral blanc bleuté rend les rares passants spectraux, donc soi aussi y passant. On peut faire ainsi l’expérience d’être un spectre. Les spectres exposent bien plus de détails que dans le halo orangé ancien qui persiste ailleurs pour des raisons inconnues. Ils sont remarquables dans le blanc bleuté, beaucoup plus identifiables par les caméras de surveillance.


Couleur



Un voisin du dessus et même plus au-dessus que cela, acariâtre dit-on, a provoqué sans le vouloir une fuite d’eau qui a perlé jusqu’en bas. L’eau a traversé divers murs, plafonds et sols, se traduisant par des taches discrètes, voire même invisibles pour la plupart, le dégât des os, le gars des zoos, ou des os, ayant surtout touché les coulisses, les fonds de placards. 


De l’esclandre à l’épuisement de la fuite, il ne s’est passé à peine que deux journées et une flaque marginale vite essuyée, mais ceci après l’avoir dument prise en photo. Les taches aussi en coulisse sur des éléments de bois nu peu ragoûtantes, l’eau ayant du drainé quelque chose de l’ordre du moisi, se sont largement résorbées quelque semaines plus tard et séchées, ne laissant que de vagues souvenirs visuels comme une cicatrice d’une opération réussie. 


L’assurance s’est mise en branle très rapidement une fois que l’acariâtre qui résistait d’abord à la visite d’un sous-traitant pour détecter l’origine de la fuite accepta la visite,  ayant compris enfin qu’un procès lui pendait au nez. La somme rapidement annoncée pour réparer les dégats à la maison était impressionnante. Réparer n’est pas le verbe approprié car il s’agissait de tout casser, tout refaire et donc ne rien réparer, pour le plus grand bénéfice de la PME de réparation et la litanie des intermédiaires et fournisseurs. 


On a eu droit à deux visites d’un employé d’une entreprise de refonte, remarquable de compétence, de savoirs précis expliqués avec une logique dont aucun politique n’est capable. Il s’agissait de remplacer les portes d’un placard mural, substituer les étagères par d’autres étagères d’égales dimensions, alors qu’aucune étagère n’était touchée. Mais comme c’était le fond du placard sur des surfaces très réduites qui était dommagé, réparer signifiait tout remplacer. Laisser dans l’état était aussi une solution au détriment de la PME et de sa marge qu’on imagine colossale.


A reculons, on a reçu les catalogues des échantillons de matériaux et coloris. La palette s’énonce du blanc blafard au noir en passant par diverses teintes anémiques dans la famille du beige réminiscent des paleurs de MUJI. Aucune teinte approchant même de loin le vernis pâtiné chaud de miel n’est proposée, nullepart, sur aucune page. 



Cette constatation ouvre une coursive intéressante sur le fait que le bois teinté chaud est de l’ordre du temple de quartier, du vintage, de l’auberge haut de gamme ancienne et de certaines résidences traditionnelles de la haute. Même les intérieurs contemporains de style fusion japonaise sont couramment d’une indigence anémique de coloris quand ils ne font pas pire, le noir absolu par exemple, ou le tout gris. 


Le commis pointu de la PME sentant notre répulsion figée à tout transformer pour des taches devenues quasi-invisibles a finalement proposé de garder tout et de confier le travail de réparation à petites touches à “un qui sait faire”.