Sans malice aucune, ce n’est pas son genre, S m’a demandé pourquoi des voyageurs lointains viennent ainsi avec des bébés, et par la même occasion, pourquoi des personnes handicapées viennent ainsi de si loin. Ceci dépasse l’entendement très vite dépassé par ce qui est différent. L’idée du droit à … n’affleure pas.
Pour rompre le jeûne du silence urbain et passant par la zone sud de Koenji, je ne fais pas que m’arrêter devant le magasin terne d’antiquités asiatiques toujours vide. Aujourd’hui, j’y pénètre, et je pose illico la question qui me turlupine au monsieur qui s’est levé, qui est habillé d’une chemisette antique et d’un pantalon de tergal, tout comme un Portugais retourné au pays de la même génération. Il a très exactement dix ans de plus que mon âge. La rue autrefois, avant ce débordement de boutiques de fringues et fanfreluches, était une rue qui pourvoyait au quotidien, commerces de bouche, marchand d’accessoires de literie et de futons, etc. Il ne cite pas les odeurs de nourritures apprêtées à même la rue mais il est facile d’imaginer cela.
On n’y trouvait pas en particulier d’autres boutiques d’antiquités. De nos jours, les clients traditionnels se sont éteints. Les jeunes japonais n’entrent pas. Les jeunes touristes étrangers entrent parfois. Il me montre quelques tasses à thé très banales - ce qui se vend à la rigueur - et sur le mur tellement peu mis en valeur des disques et CD de rock. Une sélection de son fils que lui-même approuve.
Quand pour certains et à juste titre il y a l’avant et l’après covid, il y a pour lui l’avant guerre en Irak, bien plus avant même. Il ne semble pas ressentir d’importance particulière à une trentaine d’années près. Car bien avant le conflit, c’était son voyage hippie, vol jusqu’à Zurich, apprentissage du français avec le rêve de devenir moniteur de ski à Chamonix, cheveux longs et cradingues, le périple normal à l’époque à travers la Syrie, l’Irak, l’Iran, l’Afghanistan, le Pakistan puis l’Inde, pour reprendre l’avion à New Delhi et rentrer dans l’ordre. Pourquoi donc cette haine contre l’Iran, ce beau pays, me demande-t-il passablement irrité soudain. Il a fumé de la marijuana, comme il se doit et sans remords aucun. Dans la tête, il rocke toujours. Je lui ai dit que je repasserai le saluer. Je repasserai le saluer avec une chemisette à carreaux identique.
Ailleurs à Phantom, Elvis est au chômage, café fermé pour un mois, hospitalisation, sans doute le mari.






