- Voici le texte corrigé.
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Écrire à Tokyo, 3 mars 2026
Sous la pluie et le froid, le gardien d’un petit chantier de construction, vêtu d’un haut de corps en vinyle transparent sur son pardessus de travail, a probablement autour de 75 ans. Il est debout et tient une canne de sa main gauche. C’est la première fois que je vois ainsi un gardien de chantier avec une canne. Son corps est lourd, son visage douloureux. Son travail accélère l’échéance de sa mort. Il doit passer des heures ainsi debout — c’est le règlement — avant de pouvoir rentrer chez lui en claudiquant.
Sur les victimes, elles n’avaient qu’à ne pas être à l’école à l’heure de l’école.
On a un 25 ans à dîner. C’est très intéressant. Speed learning. Il a une grande lucidité affichée d’être dans les couloirs de ce qui se fait. Il ne renie pas être dans le flux. Il le revendique. Speed. Un appétit goulu de destinations, domestiques et dans l’Asie proche. 10 vols internationaux au compteur l’année passée, avec l’expression d’un petit remords conventionnel, carbone, pardonnez-nous. Tout trip domestique est un road trip, un road movie. En mixed band, en tribu, en famille. Ni solo ni couple, ou alors la pudeur l’empêche d’évoquer de telles configurations. Speed tout le temps, trekking, jogging, débouler, surfer. À destination, « on finit la moitié du temps à manger de la nourriture de convenience store », mais « à Yakushima, heureusement qu’on avait des barres protéinées. » Tout tient, tout est confirmé, et le monde à destination se donne et se refaçonne selon ces tendances. Le monde du consumérisme des espaces se miroite.
Sur les destinations, absolument rien ne transpire. Qui y avait-il de charmant, envoûtant, apaisant, intéressant ? Rien. La destination est un nom, une étiquette massive. Kyoto, trop de monde, Nara, limite, Osaka… done, Kobé, un point d’interrogation. Pourtant, il ne comprend pas pourquoi on ferait 14 heures de vol pour aller skier à Hakuba. On ne peut pas comprendre tout, surtout quand il n’y a rien à comprendre mais à suivre.
N’oublie pas tes clés, ton téléphone, tes barres protéinées.
Les parents bientôt dans le sens élargi, tribu donc. À Okinawa, et zou ! Okinawa aussi, c’est Ikea le week-end plus 13 heures de vol plus 10 films à bord. Pulsion de la mobilité effrénée, au pas de course, lever à 7h au plus tard. La publicité dans le métro, tantôt pour une marque de vêtement de sport où des personnes font la course et bondissent, fait encore plus sens.
Habiter devient alors une forme de résistance, une anomalie. J’habite est une revendication, un affront passible de bannissement. Où ? Sur place.
On passe dans la ruelle où se trouve l’auvent rouge de S qui à l’intérieur prépare le terrain pour l’ouverture du lendemain. Signes amicaux à travers la devanture. Je pénètre pour la première fois dans l’antre. Conptoir en U, six places, odeur de renfermé de comptoir en U à six places. Je lui demande où se trouve la photo, celle acquise en même temps que l’autre évoquée l’autre jour exposée cachée en arrière salle dans l’établissement de Y. Elle est là, au mur, moins impressionnante que la première, mais d’intérêt. On y voit une dame à mi-corps apapremment derrière quelque chose de l’ordre d’un comptoir. Les clés à grosses boules de métal posées à sa droite indique qu’il s’agit très probablement d’un hôtel, format de clés vues et utilisée il y a une dizaine d’année de cela à Lisbonne et malencontreusement embarquée dans les bagages de retour à Tokyo qui fait qu’en cherchant bien, mais où? il serait possible de pêcher l’objet pour lui montrer un exemplaire identique à ceux visibles sur la photo. Aucune autre indication n’aide à envisager où la photo a été prise. Les vêtements de la dame se situent dans les années 70 peut-être. La coiffure n’est pas significative. Le tirage chez Y montre une scène de café quelque part en Allemagne peut-être, ou dans un pays nordique européen. Il n’y a à priori aucun lien entre un café et un hôtel, sauf que ces deux images ont généré chez ces deux personnes dans leur complicité le même engouement et acte d’achat. Communauté du ressenti face à deux lieux statiques : un café, une réception d’hôtel sans doute deux étoiles au mieux. Deux lieux avec, dans le café clairement exposé, deux manières assez similaires d’occuper et vivre l’espace.
