C’est donc le permis de conduire qu’un jeune homme aura fait tomber juste en face de la maison. S’en saisir puis l’amener au poste de police proche sont deux actions qui se combinent sans hésitation. Et puis, cela permettra de faire un détour. Portant le permis de conduire entre le pouce et l’index de manière un peu ostentatoire, comme si un objet suspect, un insecte si pas pire que l’on éloigne de soi, ou peut-être dans la volonté d’exposer publiquement ma découverte et éviter toute suspicion de l’avoir ramassé avec dessein néfaste, ceci ne faisant sens que pour son honnêteté chevillée au corps qui veille moralement, hormis les dépassements d’honoraires et de frais de missions, un petit soucis commence tout de même à pointer comme l’exercice n’est pas une première, que de devoir rester assis sur une chaise pliante dans le cagibi du poste de police bien trop chauffé pour devoir remplir - mouvement du stylo mené par un agent - divers formulaires de déclaration.
Arrivant au poste, il est déjà clair à travers la vitre que quelqu’un debout, un citoyen, y a déjà quelques affaires à régler, ce qui fait que le local exigü semble déjà plein. Malgré tout et alors que balbutiant avec la porte coulissante qui juste au début résiste un peu, un policier massif mais jusque là caché se lève, fait un détour autour de son collègue et le citoyen lambda pour venir à moi, résident lambda-alpha. Je lui montre le permis de conduire, le lui donne et lui dit simplement l’avoir trouvé à terre. Il me demande où. Exercice mental pour aligner les chiffres de l’adresse. Il me dit illico que je suis en droit de demander une récompense mais que dans ce cas, il va falloir remplir un papier. Je sens qu’il souhaite éviter cela, ce qui sonne parfaitement avec ma surprise d’apprendre qu’une récompense va de soi pour le seul fait tellement banal ici de rapporter au poste quelque chose de pas anodin trouvé par terre. Il fait semblant d’insister, veut confirmer que je ne tiens pas à la récompense. Il me demande mon âge, pour inscrire dans la main-courante qui sera donc fournie au jeune homme qui a perdu son permis de conduire qu’un homme âgé de la soixantaine a rapporté le document au poste. Qu’il soit béni. Circonstances anonymisées. S’en est fini et vite et tant mieux de l’affaire du permis de conduire qu’un jeune homme a fait tombé par inadvertance, et j’espère qu’il va être informé rapidement de la trouvaille pour lui éviter le stress conséquent à la perte de ces choses là, alors qu’il y a suffisamment de raisons au quotidien de stresser sans en ajouter une couche.
Après avoir passé au moins une heure à peaufiner un parcours de voyage avec chatGPT, j’ai découvert à la fin que tous les horaires de trains et même le calendrier étaient faux, erronnés. Il a été immédiatement mis à la porte.
Quand voulant désigner quelqu’un par une lettre unique ne correspondant pas même à la première lettre de son nom pour protéger son anonymat, un nombre considérable de lettres de l’alphabet ne sont jamais considérées comme candidates possibles. On dira J, pour changer.
J est donc passé tantôt à Tokyo. Il a fait toute sa carrière hors du Japon mais profondemment liée au Japon via ses flux touristiques internationaux quand ceux-ci étaient portés par le yen triomphant, lui du côté réceptif. Malgré un nombre considérable d’allers-retours, il n’a jamais vécu ici qu’un an et demi. Il est un exemple très précoce de ce qui est maintenant banalisé dans une certaine mesure d’un Japon externalisé, comme le Japon physique et géographique ne l’est pas. Sa connaissance de la géographie du Japon est considérable, de par ces allers-retours et aussi par une attention soutenue et quotidienne à distance sur des décennies de se tenir informé. De par ses circonstances de vie et préférences, habitudes et routines en Europe, il ne mange presque que japonais, et parle surtout japonais avec son entourage proche, un japonais qui irrite les puristes de par son accent, mais tellement imbibé d’intéractions accumulées avec des voyageurs dans des échanges du quotidien et professionnels qu’il est parfaitement compris et apprécié, d’autant plus qu’il est d’un caractère jovial qui rassure, surtout les dames.
Au sujet de Kagurazaka, il évoque l’époque où les geishas du coin avaient encore leur procession annuelle.
Projet : afficher une pancarte en face de la maison pour demander à quiconque la lit de bien vouloir laisser tomber son permis de conduire afin de pouvoir le rapporter au poste de police le plus proche et y refuser sur un ton badin l’espoir d’une récompense. Ça manque déjà cette expérience. La nostalgie s’installe vite.
Passage par le parc Inokashira depuis des lustres. La masse végétale morte de la saison précédente étant considérable et ingérable, le parc est recouvert par endroits de feuilles desséchées pulvérisées, une poudre brune qui embaume mais pas plaisemment et annonce par association les irritations proches des premiers pollens de masse.
L’administration persiste dans l’envoi de papiers à lecture longue tout comme les messages de confirmation d’envoi d’un achat s’étaleraient si imprimés sur trois pages au moins. Les verbeux écrit à fonction de prévention des risques qu’encoure l’annonceur est inversement proportionnel au mutisme quotidien.
Pour tenter d’élargir un territoire attachant qui résiste à l’élargissement, il faut se forcer tout en gardant en mémoire que dès lors qu’un segment excentré pas connu est franchi une seule fois, il devient par là-même un peu connu et un peu reconnaissable, jusqu’à entrer dans le totebag (escarcelle) des cheminements coutumiers à force de traversées. L’objectif est donc de rendre familier le segment excentré, plusieurs possibles, qui mène à la bibliothèque reconstruite de Koenji et visiter son intérieur en détails pour la première fois. Lumière et béton, puis rapidement un questionnement sur le sens de ces larges baies vitrées qui font du bâtiment une serre à climatiser toute l’année. Déni de rechauffement et de surchauffe. Il y a la clim, alors quoi? Le même bâtiment avec des moucharabiers façon Kyoto aurait eu une toute autre gueule.
Peu de place où s’assoir en regard de la fréquentation. Quelque chose de caduc dans une bibliothèque au fond apparemment standard quand on constate que sur les tables des utilisateurs, il n’y a souvent aucun livre. La biblothèque est un coworking space public. Dans l’ascenseur, une large affiche invite poliment à ne pas consommer d’alcool dans le bâtiment. Où écrire à Koenji reste un problème toujours sans solutions assumées.