Le moins méconnu

A mi-boucle se trouve un segment pause du quartier, grand calme, ciel bien visible, hauteur de plateau, crochet habituel dans un des temples du quartier, toujours le même, qui se prend sur la façade le soleil en décliné, sauf que c’est le matin et encore tôt pour le déclin. Avant d’y pénétrer se trouve à main droite un micro-parc d’attraction invisible de la rue hormis une petite pancarte au sol. Entre dans le champ visuel une jeune fille de dos en tenue exotique veste pantalon colorés. Elle tient une pancarte et regarde en direction du bout de la rue d’où approche une famille, papa, maman et deux grands ados. Ils viennent se déguiser en guerriers pour apprendre des mouvements de sabre et jouer à la bataille de coups feints sur armure de samourai. Ils viennent confirmer par la pratique le ludique bizarre comique attachant de leur Japon inventé qui répond avec obédience à l’attente. C’est une expérience authentiquement fausse, donc totalement vraie. 

Immobile devant le petit bâtiment du temple, il s’agit à chaque fois de poser le regard sur des détails, en particulier les effets de lumière, sans rien attendre ni escompter d’un quelconque frisson religieux. Le calme suffit. Et puis quelqu’un, une dame âgée juste posée à l’entrée du temple, à 20 mètres à peine, semble me faire signe. Elle dit quelque chose mais pour l’entendre, il faut s’approcher, et tout en s’approchant, je fais le lien entre la scène précédente, la dame, son appel souriant et ce qu’elle me dit, que le micro-parc d’attraction est là, de l’autre côté, opposé au temple. Je lui dis que je ne fais pas partie de cette affaire, que je ne suis pas un touriste en ballade. On s’offre une petite conversation très affectueuse. Elle est du voisinage, elle se promène aussi tous les jours, on ne s’est jamais croisé effectivement mais nous constatons avoir une préférence exclusive pour ce temple, y être brièvement, pour déconnecter à coup sûr. On se recroisera peut-être à l’occasion mais elle me dit être généralement encore plus matinale.

Autre jour. Au sud de Koenji dans un territoire jamais franchi. Le prétexte est une large concrétion de cimes d’arbres au loin, prétexte classique presque toujours d’intérêt. D’abord, c’est un mur, long et bifurqué, avec un cimetière derrière. On n’aperçoit au mieux que la pointe des planches de bois scriptuaires à la verticale. Certains segments du mur surmonté de barbelés ont été étendu en hauteur, peut-être pour cacher plus encore ce qui est signé cimetière aux résidents de l’autre côté de la rue, environnement par porteur pour l’immobilier. Enfin une ruelle très fine débouche sur un jardin moderne, de ces conçus à travaux d’entretien et budgets minimaux, béton maximal. Beaucoup de monde ce samedi, des familles, des jeunes, une petite escoudade de pompiers volontaires qui discutent matériel, des trétaux avec des choses à manger. C’est donc la bibliothèque de Koenji, une belle bâtisse pour une fois. Tous les bancs et sièges sont pris. 


Eloignement donc vers des extensions périphériques avec des toitures d’autres temples encore et encore comme phares à atteindre. Une foultitude de temples en fait. L’un deux déjà pas visuellement accueillant annonce brièvement sur un panneau être interdit aux touristes, en anglais. Plus loin par contre, c’est très beau, l’inévitable association de pensée que c’est très beau comme à Kyoto quand on tombe sur un petit temple vide bien dans son jus de bois, d’arbres imposants, certains soutenus par des échasses, des attelles, des volutes végétales manicurées, un pin objet de beaucoup d’attention. Calme. Tout ce qu’on demande et rien d’autre. Avec aisance, le Koenji commerçant hipster berlinois du sud est à cinq minutes mais paysagement loin. 

Des traces du péri-urbain quand il était d’obédience fortement campagnarde existent encore aux pourtours de la ligne Chuo, mais il faut creuser un peu plus. Ce qui fonctionne toujours par contre est la concrétion de cimaises au loin. Y aller voir à pour conséquence d’étendre définitivement le territoire des possibles, la carte mentale, comme une fois découvert, tout nouveau élément d’un territoire devient définitivement moins méconnu.